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Madame Bernadette Feroumont, formatrice en Soins Palliatifs à l’asbl « Cancer et Psychologie »


Que vous soyez soignant au domicile du patient, dans une Maison de Repos, à l’hôpital dans un service général ou plus spécialisé, que vous soyez jeune diplômé ou soignant expérimenté, il vous est arrivé plus d’une fois déjà d’être traversé par la question suivante : « Et si je m’inscrivais à une formation ? »

Cette question ne vous a pas surpris seulement le jour où une difficulté s’est présentée, ni le soir où vous vous êtes posé des questions sur le sens de votre vie, ni encore cet après-midi où votre chef vous a remis le planning du mois suivant en zappant votre demande de congé pour l’anniversaire de la petite.

S’il y a mille raisons de s’inscrire à une formation, quelques unes sont plus fréquentes :

  • J’ai envie de rencontrer d’autres personnes qui font le même métier que moi…
  • Est-ce que les autres se posent les mêmes questions…
  • Comment est-ce que ça fonctionne ailleurs ?...
  • Ne pourrait-on s’inspirer ici de l’expérience des autres ?...
  • J’ai envie de prendre un peu de distance par rapport à ce que je vis à l’hôpital, en MR…
  • Est-ce que je suis toujours bien au courant dans mon métier ?...
  • J’ai vu dans mon horaire que j’étais inscrite à une formation…
  • J’ai envie de souffler un peu et de retrouver une motivation et un enthousiasme pour mon métier qui se sont un peu émoussés…
  • N’existe-t-il pas de nouvelles façons d’approcher le patient, sa famille ?...
  • Je voudrais voir de nouvelles têtes sans tout lâcher…
  • Des questions me traversent et je n’ai pas de lieu pour en parler avec mon équipe autrement qu’en coup de vent…
  • Je travaille au domicile, je n’ai pas d’équipe, j’ai envie de faire le point sur ma manière de travailler avec les patients gravement malades…
  • Je sens que je m’épuise…

Parfois il est vrai, il nous arrive de recevoir en formation des participants inscrits d’office par leur institution. Vous conviendrez que la démarche est différente et que c’est pour le formateur un exercice périlleux de motiver des personnes qui n’ont pas vraiment choisi d’être là… !

Le mot soignant que j’emploie au sens très large inclut toute personne amenée à donner des soins, apporter de l'aide ou accompagner en milieu hospitalier, en maison de repos ou au domicile (certains auteurs parlent même de "soin relationnel"). Cette personne peut être aide soignante ou aide familiale, psychologue ou bénévole, garde malade, infirmière ou médecin, on pourrait même y inclure la voisine attentive d’une dame âgée.

Le soin majeur qui relie tous ces acteurs, quelle que soit leur fonction, c’est l’écoute.

Pour certains d’entre eux, leur compétence « technique » viendra soutenir l’écoute, pour les autres, cette disponibilité de cœur et d’esprit pourra procurer au patient un vrai soulagement, un vrai moment où quelqu’un aura pris soin de sa parole.
Dans ce domaine, quelle que soit la formation initiale reçue, il me semble qu’il est toujours possible d’aller plus loin.
La capacité d’écouter et d’entendre ce que l’autre désire nous partager dans ce moment nécessite des conditions multiples qu’il nous faut nous exercer à mettre en place. C’est la raison pour laquelle dans toute formation en Soins Palliatifs, il est fait une place à ce soin précieux qu’est l’écoute.

Dans les formations en Soins Palliatifs, à côté des formations spécifiques qui approfondissent un thème, les formations plus générales font une large place à l’ « être » en relation plutôt que « faire » des actes précis.

Les formations en SP permettent encore l’échange dans la confiance qui s’élabore parfois si rapidement entre des personnes qui se connaissent peu mais s’engagent dans une réflexion qui va les nourrir et les éclairer.
Ce sont souvent des moments où les participants ont trouvé un espace de temps, libre et sans stress, sans pression extérieure, où laisser venir une parole d’expérience, de vécu, de questionnement.
C’est souvent aussi pour le participant l’occasion de se « recentrer » sur les valeurs essentielles qui sous tendent la philosophie palliative, les remettre à l’œuvre dans leur quotidien, s’inspirer les uns des autres pour mettre en mouvement leur créativité, leurs ressources.

Revenu au chevet du patient et de ses proches, le soignant « formé » portera sur celui-ci un regard renouvelé, un peu libéré de l’usure quotidienne.
C’est le retour surprenant de celui qui a pris un peu distance et ne reconnaît plus tout à fait ceux qu’il retrouve.

Nécessité d’un nouvel apprivoisement, autre angle d’approche, dépouillement des a priori, ébauche peut-être d’un nouveau lien avec un malade qui a lui-même changé, dont la maladie a progressé, dont la parole s’est faite plus rare ou plus intérieure.


Venir en formation, c’est une décision personnelle qui s’inscrit dans un processus dynamique.
C’est vouloir avancer sur le chemin de son évolution personnelle et professionnelle.
C’est aller au devant de rencontres de surprises, d’imprévus.

Venir en formation, ne serait-ce pas un peu comme partir en voyage ?
A la fois un voyage à l’intérieur de soi-même qui renouera des liens avec un savoir, un savoir-être acquis au travail et dans la vie, mais encore un voyage à l’extérieur de soi qui offrira de nouveaux espaces de découvertes et des paysages inattendus.

La formation c’est un gâteau que l’on cuisine ensemble.
On y mélange de l’écoute, des paroles et des silences.
On y ajoute une pincée de lectures, un bouquet d’exercices.
On garnit d’éclats de rires et de quelques pépites de gravité.
On laisse monter et cuire dans une douce chaleur.
Et …
Après un temps de repos, on le partage en groupe pour en apprécier toutes les saveurs mêlées et donner à chacun sa part d’énergie.

Je vous souhaite d’y goûter et pourquoi pas de partager un jour ce gâteau avec vous.




Bernadette Feroumont
Formatrice en Soins Palliatifs à l’asbl « Cancer et Psychologie »
Septembre 2008