Pourquoi se former - Ester Rosenzweig Imprimer

Madame Esther Rozencweig, professeur au Centre de Promotion Sociale pour Educateurs de Liège.


Au plan personnel, la formation contribue à :
  • améliorer les connaissances médicales et paramédicales ;
  • mettre en œuvre ou proposer des soins appropriés ;
  • développer une attitude d’accompagnement adéquate.

Prenons un exemple :

Huguette est infirmière à domicile. Depuis 10 ans, elle soigne madame Rose qui a 78 ans et est diabétique. Il y a deux mois, un cancer du foie a été diagnostiqué. Son état général s’est fortement détérioré. Bien que le médecin de famille passe régulièrement, c’est à Huguette que madame Rose se plaint de fortes douleurs. L’infirmière ne sait plus quoi faire pour soulager madame Rose, elle en arrive à craindre de passer la porte d’entrée et doute de ses propres compétences.
Que faire ? Que dire pour être à la hauteur ? Huguette se sent impuissante, inefficace pour tout dire incompétente.

Au plan interpersonnel, la formation contribue à améliorer les relations :
  • avec le patient ;
  • avec sa famille ;
  • avec les collègues ;
  • avec les autres professionnels.

 

Poursuivons notre exemple :

La fille de madame Rose passe à l’improviste. Le living est dans un désordre indescriptible et sa maman n’est pas habillée. Elle accuse Huguette de « materner » madame Rose.
Lorsque le médecin arrive et lui demande si tout va bien. Madame Rose dit que ça va. Il rédige ses prescriptions et puis s’en va. Huguette se sent mal à l’aise, c’est comme s’il n’y avait qu’à elle que madame Rose se plaint. Que doit-elle faire ? Faut-il prévenir les autres enfants de madame Rose ? re-contacter le médecin ?


Au plan organisationnel, la formation permet de réfléchir :

  • la communication entre professionnels ;
  • la délégation des tâches ;
  • l’articulation des rôles des différents intervenants ;
  • la mise en place de procédures d’intervention.


Continuons dans la même situation :

Huguette part en vacances quelques jours. Sa collègue, Muriel, doit prendre le relais auprès de ses clients. Lorsqu’elle arrive chez madame Rose, elle « tombe » sur le kiné qui l’emmène « faire un tour ». Manifestement, il n’est pas conscient de l’état de la patiente. Après une courte discussion, il demande pourquoi il n’a pas été averti, pourquoi rien n’est mis en place pour l’accompagnement de cette dame. Muriel ne sait que répondre, elle n’a reçu aucune information de sa collègue. Doit-elle contacter un service de soins palliatifs ? le médecin ? Qui doit décider d’une éventuelle hospitalisation ?


Au plan de la culture et des valeurs sous-tendues par la prise en charge palliative, la formation questionne :

  • la « révolution mentale » qui consiste à passer d’une logique curative à une logique palliative ;
  • la compatibilité des valeurs entre les différents acteurs et les structures organisationnelles ;
  • la mise à distance de ses propres croyances dans la rencontre des valeurs de l’Autre.


Toujours dans notre exemple :

Lorsque Huguette revient de vacances, elle découvre que l’état de madame Rose s’est encore dégradé. Ce sont probablement ses derniers jours, peut-être ses dernières heures … Le médecin de madame Rose prescrit plusieurs analyses : un scanner, une prise de sang, … mais les bras de madame Rose sont dans un tel état ! il est difficile d’imaginer la transporter … Faut-il lui infliger ce traitement ? Une infirmière peut-elle refuser ce que le médecin demande ?Ne vaut-il pas mieux chercher à l’aider à supporter ses douleurs et ses angoisses ?

Sa voisine vient lui rendre visite avec un morceau de tarte, madame Rose est enchantée ! Lorsque sa fille arrive, elle se fâche en rappelant que sa mère est diabétique ! Que peut répondre Huguette ? Peut-elle exprimer sa difficulté à supporter que cette dame régente ainsi la vie de sa maman ?

Huguette sait madame Rose croyante , mais non pratiquante. Doit-elle proposer la venue d’un ministre du culte ?


J’ai tenté de montrer, à travers une situation assez fréquente, ce qu’un accompagnant, quelles que soient sa formation et sa fonction, peut retirer d’une formation en soins palliatifs.
Un large éventail existe : des conférences, des modules de sensibilisation organisés par les plates-formes, des formations « longues » organisées dans l’enseignement de promotion sociale, des formations destinées aux gestionnaires de services, des supervisions, des « temps de parole », …

A travers les différents groupes de participants que j’ai été amenée à rencontrer pendant une dizaine d’années, j’ai surtout apprécié leur grande capacité de remise en question, la recherche authentique d’une relation de qualité avec les personnes accompagnées, une démarche professionnelle et un souci éthique.


Esther Rozencweig, membre de la Plate-forme de Liège,
et enseignante au CPSE.